Cantique
le sein roux des forêts
tressaille dans le vent d’automne
qui effleure la roche patiente
dont chaque faille a bu l’étreinte
d’un torrent de mémoire
pétrifié par l’âge mûr
là où gît l’antan
entre les gravillons sonores
et les fleurs fanées
de fins rameaux
frôlent le granit rugueux
et révèlent l’espoir
d’un oiseau ému
dont le voeu secret s’exaucera
dans la lumière blanche du matin
le temps est un frêle danseur
sur la cendre chaude qui brûle l’abîme
aux griffes d’ombre
projetant le clair
dans l’obscur d’un coeur humain
angoissé par la mort
la musique ne s’arrête pas
devant l’outrenoir de l’énigme
elle le traverse
avec un ruban de croches
qui retient les notes
à la cime des chênes
tempête déchaînée
sur une barque dérivant
loin de la grève
dans le gouffre de l’enfer
où se bat la mesure
comme l’on bat en retraite
pour silencier
la noche tenebrosa
des images en colère
l’étoile porte encore et encore
son fardeau de solitude
mais persiste à briller
dans le repli d’un méandre
s’entend le blanc du son
qui se forme sur les eaux
les feuilles reprennent souffle et sens
dans l’amour du sol natal
où affleurent les racines
les hautes herbes s’ouvrent
comme les pages d’un livre
dont les signes sont libres
sur la portée du ciel
se posent les mots de l’âme
et naît la voix des anges
la rosée invite à contempler
la beauté de la vie
dans l’harmonie des couleurs